Pentaxe & 8 séquences

Vice Versa

écrit par Pete Docter et Ronnie Del Carmen (2015)

Dans le quartier général des émotions de Riley, onze ans, Joie se vit comme la gardienne auto-proclamée d’un bonheur permanent. Quand un déménagement brutal déracine la fillette et bouleverse toutes ses certitudes, Joie va se battre pour tout garder “joyeux” avant de comprendre que laisser une place à la tristesse est peut-être la seule façon de vraiment la protéger.

Problème principal : interne & relationnel (gestion des émotions) Registre : comédie initiatique intérieure Question : peut-on protéger quelqu’un en lui évitant la tristesse, ou en l’acceptant ?
Fiche Pentaxe

Joie

Joie dans Vice Versa
  • 1

    Totem : "Je suis quelqu’un qui apporte de l’élan, de la lumière et du mouvement."

    Au QG, Joie occupe spontanément le centre du dispositif, manipule les souvenirs heureux et se pense spontanément comme la force qui met Riley en lumière.

  • 2

    Plus grande peur : peur de l’impuissance (face au chagrin de Riley).

    Comme elle se croit responsable du bonheur de Riley, Joie redoute tout ce qu’elle ne peut pas maîtriser, surtout la tristesse. Ce qui engendre son Plus gros défaut :

    ↳ Plus gros défaut : elle est hyper-contrôlante.

    Plus gros défaut classique émanant de cette Plus grande peur. Dès que Tristesse risque d’intervenir, Joie se tend : elle supporte mal ce qui échappe à son action, ce qui la pousse à surveiller, corriger et contrôler les autres émotions.

  • 3

    Carapace : une meneuse euphorique qui impose que tout aille bien.

    Cette Carapace, son rôle social, "justifie" son Plus gros défaut : face aux autres, elle tient le rôle de celle qui gère, rassure, motive et garde l’ambiance “du bon côté”, comme si tout devait rester gérable et lumineux.

  • 4

    Objectif initial : maintenir le bonheur de Riley.

    Objectif initial complètement en accord avec les autres éléments de son Pentaxe (et ne dénotant que de sa vision des choses (c'est sur ce point que le film va la faire évoluer).

  • 5

    Contradiction : elle veut aider Riley à vivre pleinement, mais ne supporte qu’une version partielle de ce qu’est vivre.

Rappel du Pentaxe :

Totem C’est ce que le personnage est au plus vivant : son noyau, sa force, son identité profonde. C’est sa qualité principale qu'il mettrait en avant : “Je suis quelqu’un de…”. Au fil de l’histoire, il devra soit assumer ce Totem aux yeux de tous, soit le réorienter, soit y renoncer — et dans ce cas-là, faire en plus le deuil d’une certaine image de lui-même.

Plus grande peur C’est la peur centrale, intime, existentielle, que le personnage fuit plus que tout. C’est sa vulnérabilité profonde, celle qu’il cherche à ne surtout pas revivre, toucher ou révéler. De cette peur découle souvent son Plus gros défaut : la manière concrète, visible, l'adjectif montrant comment cette peur déborde dans son comportement. Il ne maîtrise ni l'une, ni l'autre. Mais il devra l'affronter en séquence 6.

Carapace C’est ce que le personnage met en place pour cacher sa Plus grande peur. Donc ça il la maîtrise. Sa Carapace est visible, sociale, maîtrisée : c’est la manière dont il se présente au monde, le rôle qu’il joue, l’image qu’il donne, ce qu’on pourrait dire de lui dans son dos. Elle lui permet soit de "justifier" son Plus gros défaut, soit de le camoufler. Il commencera à l'abandonner après le Midpoint, en séquence 5.

Objectif initial C’est ce que le personnage croit devoir obtenir pour aller mieux. Cet objectif s’incarne dans une action précise : décrocher ce poste, reconquérir cette personne, gagner ce procès, sauver cette réputation, quitter cet endroit… Il est souvent déterminé depuis sa Carapace, et constitue donc régulièrement une fausse piste - qui sera aussi abandonnée au Midpoint, avec l'échec du Premier plan.

Contradiction C’est ce qui, en lui, tire dans un autre sens. Elle complexifie son fonctionnement, empêche le personnage d’être monolithique, et crée une tension interne que le récit va mettre au travail. Elle aide aussi à incarner concrètement le thème de l’histoire.

Structure en 4 actes et 8 séquences

Séquence 1 Un Monde ordinaire dans la joie de l'enfance (Minnesota, maison, lac, QG en régime stable) le monde ordinaire

Ce qui se passe dans le film

On assiste à la naissance de Riley et à l’apparition de Joie, première émotion qui prend le pupitre. Puis arrivent progressivement Tristesse, Colère, Peur et Dégoût, chacune trouvant sa fonction (et sa couleur) autour de la console. Un montage déroule l’enfance au Minnesota, les souvenirs dorés qui construisent les Îles de personnalité et la vie quotidienne où la majorité des sphères restent jaunes (donc heureuses). Joie commente en voix off la perfection de ce système, conclut que Riley a "une super vie" et lâche, sûre d’elle, qu’à onze ans, rien de grave ne peut vraiment arriver.

Impact sur Joie (Pentaxe)

Le Monde ordinaire installe le Totem de Joie comme évidence. elle se vit comme le moteur légitime du bonheur de Riley. La Plus grande peur apparaît en creux. si une autre émotion, surtout Tristesse, prenait trop de place, elle craint de perdre cette harmonie et son utilité. Son Plus gros défaut est déjà là sous forme de monopole doux sur la console et sur les Souvenirs Essentiels. La Carapace prend la forme d’un optimisme constant, d’un ton enjoué qui ne laisse quasiment aucune place à l’idée même d’un problème sérieux.

À piquer pour ton scénario

  • Utiliser la voix off du personnage pour présenter un système intérieur qui a l’air parfait, en montrant déjà les failles qu’il ne voit pas.
  • Finir la séquence sur une phrase de confiance naïve qui appelle presque mécaniquement l’événement qui va tout faire dérailler.
Point de bascule Élément déclencheur (le déménagement qui arrache Riley à son monde) Élément déclencheur

Ce qui se passe dans le film

Juste après la déclaration rassurante de Joie, l’image coupe sur le panneau "Sold" planté devant la maison du Minnesota : ils déménagent. Le coffre se ferme, la voiture démarre et la famille prend la route. Au QG, les émotions regardent ce paysage inconnu défiler, Joie essayant de positiver pendant que les autres réagissent avec inquiétude ou sarcasme.

Impact sur Joie (Pentaxe)

Ce déménagement est l’événement externe qui crée le problème dramatique : l’ancien système ne suffit plus. La Plus grande peur de Joie est activée de plein fouet : si elle ne maîtrise pas la façon dont Riley traverse cette rupture, le chagrin risque de l’envahir. Son Objectif initial se reformule en urgence : transformer le déménagement en aventure heureuse, sans laisser la tristesse s’installer. Sa Carapace se raidit : elle commente tout en positif pour tenir l’angoisse à distance et refuse d’imaginer que ce changement puisse casser les Souvenirs Essentiels dorés.

À piquer pour ton scénario

  • Ancrer l’Élément déclencheur dans un geste visuel simple et irréversible : un panneau "vendu", une route qui s’éloigne, une maison qu’on laisse derrière soi.
  • Montrer l’événement extérieur en parallèle du “QG intérieur” pour que l’on comprenne tout de suite l’impact psychique du changement.
  • Laisser le personnage principal surinterpréter l’Elément déclencheur comme une épreuve qu’il peut gérer "en restant positif", ce qui prépare son futur échec.
Séquence 2 Comment je gère ce truc ? (arrivée à San Francisco, maison, première nuit) Point de non-retour

Ce qui se passe dans le film

Riley découvre la maison étroite et défraîchie, le camion de déménagement retardé, la pizza au brocoli et l’ambiance tendue entre ses parents. Elle essaie d’afficher un sourire mais la déception affleure. La nuit, elle fait un cauchemar que Joie efface pour éviter que la journée se termine sur une note sombre. Plus tard, dans la chambre, ses parents viennent la rassurer et sa mère lui confie à quel point son père a besoin qu’elle reste "notre petite fille heureuse", ce que Riley accepte en se forçant à sourire.

Impact sur Joie (Pentaxe)

Toute la séquence renforce la perception de Joie que Riley est sur un fil : les frustrations concrètes rendent le terrain glissant. La Plus grande peur se précise : si la tristesse prend le dessus, Riley pourrait s’effondrer et Joie serait impuissante. Son Plus gros défaut devient une stratégie : elle reboote les rêves, détourne ce qui fait mal, empêche tout moment sombre de s’installer. Le discours de la mère fonctionne comme Point de non-retour. Riley intègre activement l’idée qu’elle doit rester la petite fille heureuse de ses parents, ce qui transforme une difficulté passagère en ligne de conduite émotionnelle et en consigne à suivre à tout prix pour Joie.

À piquer pour ton scénario

  • Faire de la séquence 2 un empilement de petits ratés concrets qui rendent crédible la future crise intérieure.
  • Montrer le Point de non-retour comme un engagement intime ("je serai ta fille heureuse") plutôt que comme une grande décision spectaculaire.
Séquence 3 Le Premier plan (organiser une journée de rentrée parfaite) Premier plan

Premier plan de Joie

Construire une journée de rentrée "parfaite" pour que Riley reste la fille heureuse que ses parents attendent. Être en sur-contrôle, distribuer des rôles précis aux autres émotions, verrouiller les risques et surtout empêcher Tristesse de toucher aux souvenirs et au pupitre.

Ce qui se passe dans le film

Au matin du premier jour d’école, Joie a passé la nuit à élaborer une stratégie détaillée. Elle réunit les émotions, assigne Peur à la gestion des dangers potentiels, Dégoût au look et Colère aux réactions face aux injustices. Elle garde pour elle la position centrale au pupitre, chargée de garantir une journée globalement heureuse. Quand Tristesse s’approche des souvenirs et de la console, Joie trace un cercle de craie au sol et lui ordonne de rester dedans pour ne toucher à rien.

Impact sur Joie (Pentaxe)

Le Premier plan est la mise en application directe de son Objectif initial : maintenir Riley heureuse en transformant la rentrée en opération de contrôle émotionnel minutieuse. Son Plus gros défaut se radicalise : le contrôle devient enfermement actif de Tristesse, matérialisé par le cercle de craie. Sa Carapace de cheffe d’orchestre joyeuse se change en protocole quasi militaire de gestion des risques, qui nie même la possibilité que la tristesse ait une utilité. La Contradiction se cristallise : en cherchant à éviter le chagrin à tout prix, elle prépare l’instant où Riley ne pourra plus rien exprimer de sincère.

À piquer pour ton scénario

  • Faire du Premier plan un moment très concret où le personnage distribue des tâches et met en scène sa stratégie intérieure.
  • Matérialiser le déni d’une émotion par un dispositif visuel simple et mémorable: ici, le cercle de craie autour de Tristesse.
  • Lier ce plan à la promesse de la séquence précédente pour que chaque geste de contrôle soit teinté de loyauté et pas seulement de sa Plus grande peur.
Séquence 4 Le premier obstacle et les premières conséquences (salle de classe, QG, Mémoire à long terme) Premier plan

Ce qui se passe dans le film

À l’école tout est sous contrôle, jusqu'à la présentation de Riley qui dégénère quand Tristesse touche la nouvelle mémoire du premier jour. Joie tente de la reprendre, se bat avec elle et les deux sont aspirées avec les souvenirs centraux hors du QG, par le tube qui les projette dans la Mémoire à long terme, très loin du QG, où il ne reste plus que Peur, Colère et Dégoût pour piloter, tandis que les îles de la personnalité commencent à vaciller. Joie et Tristesse, perdues dans les rayonnages de souvenirs, s’accrochent encore à l’idée de “remonter vite fait” au QG.

Impact sur Joie (Pentaxe)

Le Premier plan de Joie (“contrôler tout pour garder Riley heureuse”) se retourne contre elle : c’est précisément en voulant empêcher Tristesse de toucher à la mémoire qu’elle provoque la catastrophe. Sa Plus grande peur prend forme : elle perd la console, sa fonction et l’accès direct à Riley. La Carapace de cheffe hyper-positive ne suffit plus à donner le change, et la Contradiction se radicalise : plus Joie tente de bannir la tristesse, plus elle met en péril tout l’équilibre intérieur de Riley.

À piquer pour ton scénario

  • Faire du premier gros obstacle une conséquence directe de la stratégie du héros: ici, c’est en voulant empêcher Tristesse d’agir que Joie est éjectée du QG.
  • Matérialiser la perte de contrôle par un changement de lieu radical : le personnage est littéralement expulsé de “son” centre de commande.
  • Laisser le spectateur voir tout de suite les dégâts (îles qui s’effondrent) alors que le personnage croit encore pouvoir “rattraper” le coup rapidement.
Point de bascule Midpoint (Imaginationland, wagon sacrifié, train de la pensée) Midpoint

Ce qui se passe dans le film

Joie et Tristesse, toujours coincées dans la Mémoire à long terme, tombent sur Bing Bong au moment où les Ouvriers le jettent dans le Gouffre des souvenirs oubliés. Effondré, Bing Bong refuse d’avancer. Joie tente de le “remettre d’aplomb” à coups de blagues et d’injonctions positives, sans effet. Tristesse s’assoit alors à côté de lui, reformule ce qu’il vient de perdre et l’écoute pleurer jusqu’au bout. Apaisé, Bing Bong se relève et, en les guidant, leur permet de trouver le train de la pensée qui pourra les ramener vers le QG.

Note méthode

Dans la méthode, le Midpoint marque un pivot clair : changement de perception ou de stratégie qui ouvre le Deuxième plan. Ici, le film place ce pivot plus sur un plan moral qu’événementiel : le train existe déjà comme possibilité, mais c’est la manière dont Tristesse débloque Bing Bong qui fait basculer la dynamique entre Joie et elle, et autorise le récit à passer à un plan où les deux doivent avancer ensemble. C'est un moment de changement intérieur pour Joie.

Comment il rebat les cartes

Le Mipoint révèle à quoi sert Tristesse : ce que Joie échoue à réparer par l’euphorie, Tristesse le débloque par l’empathie. Pour la première fois, Joie voit concrètement que laisser quelqu’un être triste peut le remettre en mouvement. La question dramatique se déplace donc de “comment neutraliser Tristesse pour protéger Riley” vers “comment rentrer au QG avec elle pour sauver vraiment Riley”. Le Deuxième plan naît là : gagner le QG grâce au train, avec Tristesse à bord, même si Joie n’a pas encore lâché le contrôle.

À piquer pour ton scénario

  • Utiliser le Midpoint comme scène de démonstration : un personnage “problème” (Tristesse) résout un blocage majeur sous les yeux du personnage.
  • Faire naître le nouveau plan de cette démonstration : ici, ils ne trouvent le train de la pensée qu’après que Bing Bong a pu vraiment pleurer.
  • Ne pas surjouer l’illumination. Joie comprend qu’il s’est passé quelque chose, sans encore théoriser la fonction de Tristesse : le film garde de la marge pour la renaissance plus tard.
Séquence 5 Deuxième plan (rentrer par le train) Deuxième plan

Deuxième plan de Joie

Commencer à avancer avec Tristesse plutôt que contre elle, même si Joie reste encore partiellement dans le contrôle.

Ce qui se passe dans le film

Joie, Tristesse et Bing Bong montent dans le train de la pensée qui traverse les paysages mentaux de Riley. Joie renverse au passage des piles de “faits” et “opinions”, preuve qu’elle reste peu attentive aux nuances. Au QG, Colère propose l’idée de fuguer pour retourner au Minnesota et branche cette idée sur la console. La nuit venue, le train s’arrête parce que Riley dort. Joie et Tristesse infiltrent alors Dream Productions, transforment un rêve en cauchemar en faisant surgir Jangles le clown pour réveiller Riley et remettre le train en marche.

Impact sur Joie (Pentaxe)

Le Deuxième plan est plus structuré, mais reste gouverné par la même Carapace : Joie veut toujours tout diriger, y compris les rêves et la moindre image que voit Riley. Elle a accepté Tristesse dans le dispositif, mais comme outil ponctuel plus que comme partenaire. Pendant ce temps, l’idée de fuite implantée par Colère fait monter les enjeux : si Joie ne réussit pas à revenir, Riley ne sera pas seulement mal, elle risque de disparaître de son propre monde.

À piquer pour ton scénario

  • Faire du Deuxième plan un vrai “road movie” intérieur : un trajet concret, avec une destination claire, qui permet de visiter des zones du personnage.
  • Montrer que le personnaeg a appris quelque chose, mais pas assez : Joie coopère plus avec Tristesse, tout en restant obsédée par la maîtrise des images.
  • En parallèle, faire monter la mise sur le monde extérieur : la fuite préparée par Colère transforme l’échec potentiel en point de non-retour pour Riley.
Séquence 6 La Crise du pire du pire (Honesty Island, train détruit, Gouffre des souvenirs, bus) fin du Deuxième plan

Ce qui se passe dans le film

Comme Riley n'est plus que dirigée par la colère et qu'elle se met à chaparder les clefs de son père pour s'enfuir, son île fondamentale de l'honnêteté s'effondre. Pas de chance, le train de Joie, Tristesse et Bing Bong était pile dessus, si bien qu'ils déraillent et se retrouvent précipités au fond vers le Gouffre. Des ouvriers sauvent Joie, Tristesse et Bing Bong, mais le train disparaît dans le vide : c’était leur dernière voie rapide vers le QG. On leur apprend que Riley est en train de fuguer. Joie repère alors un tube de rappel, y entasse les souvenirs centraux et, quand Tristesse tente de monter aussi, les souvenirs se teintent de bleu. Paniquée, Joie la repousse, referme le tube et part seule avec les souvenirs. Le tube se brise, la projetant avec Bing Bong dans le Gouffre des souvenirs oubliés, tandis que Tristesse reste coincée en haut et que Riley vole la carte bancaire de sa mère pour monter dans le bus.

Impact sur Joie (Pentaxe)

C’est la crise du pire du pire : au moment où elle pourrait enfin remonter, Joie choisit encore de se débarrasser de Tristesse et elle finit littéralement au fond du trou. Elle formule explicitement sa croyance de départ (“Riley needs to be happy”) et acte son Plus gros défaut : le contrôle absolu, même au prix d’exclure une part de Riley. La “punition” est directe. Sa Plus grande peur semble réalisée : Riley n’est plus seulement triste, elle s’anesthésie au point de vouloir fuir sa vie. La Contradiction atteint son sommet : en voulant préserver le bonheur à tout prix, Joie a contribué à couper Riley de tout ce qui pourrait encore la raccrocher aux autres.

À piquer pour ton scénario

  • Faire de la crise un double effondrement : le plan interne (train) et le choix externe (fugue) se brisent au même moment.
  • Matérialiser le “fond du trou” par un espace dont on ne revient normalement pas (ici, le Gouffre des souvenirs oubliés).
  • Lier cette chute à la stratégie du personnage : Joie s’y retrouve en persistant à vouloir remonter seule, sans intégrer vraiment Tristesse.
Séquence 7 La Renaissance (comprendre la fonction de la tristesse) Vers le troisième plan

Ce qui se passe dans le film

Au fond du Gouffre, Joie s’effondre, entourée de souvenirs qui se désagrègent. En manipulant un souvenir de match de hockey, elle se rend compte qu’il a d’abord été bleu : c’est la tristesse de Riley qui avait attiré ses parents, transformant le moment en souvenir heureux. Joie comprend que c’est Tristesse qui rend possible le réconfort et donc la joie. Avec l’aide de Bing Bong et de son wagon, elle parvient à remonter, au prix du sacrifice de Bing Bong qui reste dans le Gouffre. Joie retrouve Tristesse et décide de la ramener au QG pour la mettre, elle, à la console au moment crucial.

Impact sur Joie (Pentaxe)

C’est la renaissance intérieure de Joie : Joie revoit son Totem à la lumière d’une compréhension plus juste de ce qui aide réellement Riley. La Plus grande peur se reconfigure : laisser Riley être triste ne la détruit pas, au contraire, cela rouvre le lien avec ses parents. La Contradiction commence à se résoudre : Joie accepte que son obsession du positif était une forme d’aveuglement. Le futur Troisième plan est posé : ce n’est plus Joie qui doit tenir la console dans le moment décisif, mais Tristesse.

À piquer pour ton scénario

  • Faire de la renaissance une relecture d’un vieux souvenir, qui révèle que le “problème” (la tristesse) était en fait la clé du lien.
  • Lier le retour possible à un sacrifice concret : Bing Bong disparaît pour que Joie remonte, incarnant le prix du passage à un nouveau mode d’action.
  • Préparer clairement le Troisième plan en faisant dire ou faire au personnage qu’il va laisser une autre facette de lui prendre la place centrale.
Séquence 8 Le Troisième plan (Bus, maison, QG, nouveau Monde ordinaire) Troisième plan

Troisième plan de Joie

Ne plus chercher à empêcher la tristesse, mais lui laisser la main au moment où Riley est en train de se perdre.

Ce qui se passe dans le film

Joie et Tristesse rejoignent enfin le QG, tandis que Riley est déjà dans le bus pour partir. Colère, Peur et Dégoût ont branché l’idée de fuite et sont dépassés. Joie ouvre la fenêtre du QG, fait entrer Tristesse et lui cède explicitement la place à la console. Tristesse fait monter les larmes de Riley, ce qui lui retire l’idée de fugue, rend à Riley la capacité de ressentir sa peine, ce qui lui permet de demander l’arrêt du bus et de revenir à la maison. Chez elle, Riley avoue à ses parents qu’ils lui manquent et qu’elle n’aime pas sa nouvelle vie, déclenchant les larmes qu'elle a trop longtemps retenu et la naissance d’un nouveau souvenir central jaune et bleu, qui transforme les îles de la personnalité.

Impact sur Joie (Pentaxe)

Joie affronte enfin sa Plus grande peur : elle accepte que Riley sombre, pleure, verbalise sa détresse devant ses parents, sans chercher à interrompre cette douleur. La Carapace de mascotte hyper-positive tombe : elle n’est plus “la seule émotion acceptable”, mais une membre de l’équipe. Le Totem de Joie s’élargit à la protection de la complexité émotionnelle de Riley plutôt qu’à la simple production de sa joie. La Contradiction est résolue : Riley peut être triste sans que ça mette en péril Joie, parce que cette tristesse crée du lien et du sens. Le nouveau Monde ordinaire (nouveau QG, nouvelles îles, nouvelles mixtes de couleurs) matérialise ce Troisième plan devenu mode de fonctionnement durable.

À piquer pour ton scénario

  • Faire du Troisième plan un renversement concret : le personnage choisit de ne plus piloter lui-même au moment clé, mais de laisser agir la facette qu’il refusait.
  • Conclure sur une “image-réponse” au Monde ordinaire : nouveau QG plus vaste, îles recomposées, souvenirs bicolores qui répondent aux souvenirs jaunes du début.
  • Montrer la transformation non seulement dans le comportement du héros intérieur (Joie), mais dans le corps du personnage extérieur (Riley qui ose dire “je ne vais pas bien”).